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Publié le 16/05/2008 - 07h03

« Encore hier, nous avons intercepté une ?kwassa? avec quarante personnes à bord, des chèvres, des moutons, des nourrissons », raconte un agent de la police aux frontières (PAF) sous le soleil paradisiaque de Mayotte, petite île française au nord de Madagascar. Les « kwassas », ce sont ces barques de pêcheurs qui déchargent sur les plages mahoraises leur cargaison de Comoriens désespérés.



Selon un témoin du drame, le bilan du dernier naufrage de kwassa connu entre Anjouan et Mayotte, intervenu samedi 12 avril au large de Papani, serait moins lourd que prévu.
 
Trois kwassa interceptés à Mayotte

La préfecture de Mayotte annonce avoir intercepté dans la nuit du mardi 15 avril deux embarcations de type kwassa au large des côtes mahoraises, entre 1 heure et 2 heures du matin. La première, pilotée par deux passeurs, transportait 29 passagers ; la seconde 38, plus deux passeurs. La veille, un autre kwassa avait été intercepté à l'intérieur du lagon à 17 heures. Il transportait 15 personnes dont deux passeurs, selon les autorités françaises.

 

(lire article précédent)

Le bilan annoncé sur ce même site il y a deux jours faisait état de deux morts et une quarantaine de disparus. Un témoin qui a participé aux premières tentatives de secours des naufragés du kwassa parti samedi soir depuis la  plage de Papani, au sud d'Anjouan, estime cependant que ce bilan doit être revu. Selon lui en effet, "de nombreux passagers de la vedette ont pu regagner la côte à la nage, car le kwassa a chaviré à moins de 200 mètres de la plage". Lui-même dit en avoir croisé sur la terre ferme, trempés. "Ils se faisaient discrets". Si d'habitude les rescapés se font connaître, là, "ils sont vite rentrés chez eux" de crainte, indique notre témoin, "de se faire arrêter par les troupes soudanaises". Positionnées dans la région pour sécuriser l'île depuis le débarquement le 25 mars dernier, ces dernières ont notamment pour mission d'empêcher les départs de kwassa à destination de Mayotte, affirme notre témoin. Les rescapés parmi la cinquantaine de passagers du kwassa seraient donc plus nombreux que prévu – combien ? nous l'ignorons. Le nombre de morts a par contre augmenté : il était mercredi 16 avril de cinq.

VM



Le centre de rétention de Mayotte, ’exemple d’indignité’

‘Indignes de la république’, ‘pitoyables’, tels sont les termes utilisés par la commission nationale de déontologie de la sécurité pour qualifier les conditions d’accueil au centre de rétention de Mayotte.

 

Yves Jégo a déclaré avoir demandé le calendrier de la contruction du nouveau centre de rétention de Mayotte, annoncée depuis 10 ans © AFP / Richard Bouhet - 9.9 ko
Yves Jégo a déclaré avoir demandé le calendrier de la contruction du nouveau centre de rétention de Mayotte, annoncée depuis 10 ans © AFP / Richard Bouhet
 

Le naufrage en décembre d’une embarcation de clandestins percutée par une vedette de la police dans l’Océan indien avait attiré l’attention sur l’île française de Mayotte : la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS), après enquête, qualifie son centre de rétention d’"indigne de la République". Cet avis cinglant, adopté le 14 avril, a été transmis aux ministres de l’Intérieur, de la Justice et de l’Immigration, et rendu public jeudi en marge du rapport 2007 de la Cimade sur les centres de rétention administrative (CRA). La Commission s’était rendue à Mayotte pour enquêter sur ce drame dans lequel une Comorienne et un bébé étaient morts et huit personnes avaient disparu. Elle en a rapporté un témoignage à charge sur l’accueil des immigrés illégaux et l’état du CRA.

Dormir à même le sol en béton
Sa capacité théorique de 60 places "est très régulièrement dépassée pour atteindre 80 à 90 personnes" et "ce nombre peut s’élever à 200, voire exceptionnellement à 220 personnes".
La construction d’un nouveau centre "annoncé depuis 10 ans s’impose dans les plus brefs délais", écrit la CNDS. En attendant, hommes et femmes sont mélangés, dorment sur de "pauvres nattes" à même un sol de "béton brut dégradé", disposent de sanitaires en nombre insuffisant et dans un état "pitoyable".

Rien de nouveau pour le secrétaire d’Etat à l’Outre-mer Yves Jégo qui, interpellé sur le sujet, a mis en avant les moyens mis en place par l’Etat et qualifié ces conditions d’accueil des « meilleures conditions possibles ». « Je peux vous donner le détails des moyens humains et des moyens matériels (...) pour faire en sorte que les conditions d’accueil et de rétention s’améliorent. J’ai demandé en allant sur place il y a trois semaines, que l’on puisse publier le plus rapidement possible, le calendrier de construction et de reconstruction du centre de rétention administratif, qui est attendu j’espère que ce sera fait dans le mois qui vient. » a-t-il déclaré au micro de RFO.



Le naufrage en décembre d'une embarcation de clandestins percutée par une vedette de la police dans l'Océan indien avait attiré l'attention sur l'île française de Mayotte: une instance déontologique, après enquête, a qualifié son centre de rétention d'"indigne de la République" française.

Cet avis cinglant, adopté le 14 avril, a été transmis aux ministres français de
l'Intérieur, de la Justice et de l'Immigration. Il a été rendu public jeudi en marge de la présentation du rapport 2007 de l'ONG la Cimade sur les centres de rétention administrative (CRA).

La Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) s'était rendue à Mayotte pour enquêter sur le naufrage de l'embarcation de clandestins dans lequel une Comorienne et un bébé étaient morts et huit personnes avaient disparu. Elle en a rapporté un témoignage à charge sur l'accueil des immigrés illégaux et l'état du centre de rétention.
Sa capacité théorique de 60 places "est très régulièrement dépassée pour atteindre 80 à 90 personnes" et "ce nombre peut s'élever à 200, voire exceptionnellement à 220 personnes". La construction d'un nouveau centre "annoncé depuis dix ans s'impose dans les plus brefs délais", écrit la CNDS.

En attendant, hommes et femmes sont mélangés, dorment sur de "pauvres nattes" à même un sol de "béton brut dégradé", disposent de sanitaires en nombre insuffisant et dans un état "pitoyable". Le centre ne dispose pas de cour, ni de locaux dignes de ce nom pour assurer la confidentialité des entretiens entre les retenus et les associations ou les avocats.



http://images-telerama.sdv.fr/medias/2008/04/media_27657/M7552.jpgVéritable brûlot, “Un aller simple pour Maoré” (Mayotte) raconte comment la France a mis la main sur l'archipel des Comores. Une enquête exceptionnelle qui éclaire le destin de gens plongés dans la misère par des stratégies géopolitiques peu reluisantes. La réalisatrice, Agnès Fouilleux, raconte.

Mayotte possède des plages de rêve. Leur seul défaut : des cadavres viennent régulièrement s’y échouer. Depuis 1994 et l’instauration par le gouvernement Balladur de visas pour les ressortissants comoriens – au mépris des résolutions de l’ONU, on estime entre 4 000 et 5 000 le nombre de migrants disparus en mer en tentant de rejoindre Maoré. Ceux qui y sont arrivés se sont installés dans cette possession française, où ils représentent un tiers de la population. Exploités mais indispensables à l’économie de l’île, ils sont les victimes d’une histoire qui exhale les pires relents de la Françafrique.

 



domoni anjouan
Autour de Domoni, la côte est très découpée. Seules quelques petites plages permettent d'embarquer.
(Photo d'archive).

Deux morts, quatre rescapés et une quarantaine de disparus : une fois encore la traversée d'Anjouan vers Mayotte a fait des victimes.

C'est dans la soirée du samedi 12 avril, vers 19 heures, qu'une embarcation a quitté les côtes de Papani, au sud de Domoni, avec à son bord cinquante candidats à la migration. Les hommes, femmes et enfants qui se partageaient les places dans la vedette n'auront même pas parcouru deux cent mètres avant que celle-ci ne chavire. C'est une passagère originaire de Mwali qui aurait nagé jusqu'à la terre ferme pour annoncer le naufrage. Après trois quarts d'heure, les premiers secours -des habitants de Domoni- arrivent sur les lieux.

"On a entendu le ronflement des moteurs et une minute après c'était le silence, on a cru qu'ils avaient oublié quelque chose. Il faisait déjà noir et on a pas su que la vedette avait chaviré, mais tout à coup, on a entendu derrière nous que vite, il faut sauver les gens dans la vedette, et on a couru", raconte Kadafi, qui avait assisté au départ de son ami.

Un homme de 26 ans qui tenait dans ses mains un bébé de six mois qui n'était pas le sien, a été secouru, de même qu'un autre naufragé qui était resté dans le kwassa, et qui a sauvé la vie d'un enfant de deux ans et demi. Les secours ont aussi retrouvé le corps d'une femme d'environ 45 ans, décédée avant leur arrivée.

Au cours de cette nuit, seules ces six victimes - cinq rescapés et deux défunts- ont été repêchées. Ni les autorités, ni les pêcheur, n'ont essayé d'organiser d'autres recherches. "Vu le manque de carburant qui frappe Anjouan, on ne peut pas aller au large", a affirmé un collectif de pêcheurs.

On peut penser que la quarantaine d'autres passagers ont été emportés par le courant de Papani, l'une des plages les plus agitées de la région. On ignore s'il existe d'autres rescapés. Le lendemain du naufrage, dimanche vers 15 heures, le hasard a fait transporter un autre corps au large de Domoni, celui d'une femme âgée d'une trentaine d'années. Les deux passeurs n'ont pas été retrouvés.



Agnies Fouilleux
France Ô DIFFUSION le 14/04/2008 à 20H40 DOCUMENTAIRE
"Un aller simple pour Maoré"

Documentaire d'agniès Fouilleux ( France 2007). 80mn Inédit.
C'est un pavé lancé dans le marigot de la Francafrique. en plein océan Indien. Précisément, entre les quatres îles de l'archipel des Comores. Un aller simple pour Maoré fouaille le quotidien le plus trivial pour décrire le présent et le passé d'une spoliation soigneusement tue. Depuis la création des milices anti-indépendantistes au début des années 1970 jusqu'à la remise en cause du droit du sol par le ministre François Baroin en 2005, Agnès Fouilleux révèle comment Mayotte (également appelée Maoré) a été confisquée par la France au mépris du droit international. Objectif : garder la main sur les Comores, base arrière pour les opérations africaines (et notamment le commerce avec l'Afrique du Sud de l'apartheid). Trente ans de ce régime ont produit un résultat désastreux. Les Comores sont divisées et ruinées, Mayotte abrite des dizaines de milliers de clandestins exploités et misérables. Entre les deux, des milliers de migrants, les " morts Balladur ", n'ont pas survécu à la traversée en Kwasa (barque). Pourtant juridiquement, il n'y a aucune frontière entre les îles... Un aller simple pour Maoré cogne d'autant plus fort qu'il est solidement étayé. Porté par une réalisation soignée et originale, il assemble avec fluidité archives, reportages (à Anjouan et à Mayotte), entretiens (du préfet de Mayotte au passeur), chansons réalistes et plans fixes. C'est efficace, captivant. Et révoltant. Rendons hommage à France Ô d'avoir le cran de diffuser cet indispensable brûlot.

SAMUEL GONTIER
( Article paru dans Télérama )



stop-kwassaUn kwassa kwasssa avec plus d'une trentaine de personnes à bord a chaviré cette nuit au large des ilôts Choisil dans le nord de l'île. La vedette Kondzo de la brigade nautique de la gendarmerie qui se trouvait dans la zone s'est portée au secours des naufragés dont une trentaine ont pu être récupérés. Ils sont arrivés cette nuit à 4h30 du matin au ponton de Mamoudzou où ils ont été immédiatement pris en charge par des équipes médicales du SMUR et les sapeurs pompiers qui avaient mis en place un dispositif d'accueil important. A bord du Kondzo les rescapés de ce naufrage dont trois bébé en bas âge étaient tous en état d'hypothermie et choqués par leur aventure qui a démarré hier vers 14 heures lorsqu'ils ont quitté Anjouan à bord de leur embarcation. Les premiers soins ont été donnés sur place dans les ambulances aux bébés ainsi qu'aux passagers qui ont été conditionnés avant leur prise en charge au CHM où tout le monde était arrivé à 6 heures ce matin. La police ainsi que les gendarmes mobiles ont assuré un cordon de sécurité autour du ponton. Selon nos renseignements, il y aurait des disparus. Nous reviendrons en détails sur ce nouveau drame de la mer dans notre édition de demain mercredi.

Denis Herrmann

Source : Les Nouvelles de Mayotte (Edition spéciale) / mardi 8 avril 2008



Dimanche 23 mars 2008

lolAlors que les trois premières constituent l’Union des Comores et sont indépendantes depuis le 6 juillet 1975, l’île de Mayotte se détache en revanche de ses soeurs en ceci qu’elle avait décidé à cette même période de rester dans le giron français, devenant aujourd’hui une collectivité départementale.

Malgré son statut qui tend à se rapprocher des autres départements français, l’île de Mayotte conserve ses coutumes comoriennes de manière forte, une balance entre traditions et occidentalisation qui démontre la complexité sociétale de cette île.

Alors que pendant des siècles, les ressortissants comoriens ont toujours circulé librement entre chaque île, l’entrée en vigueur du Visa Balladur en 1995 bouleversa les habitudes. Ce visa exigea que les Comoriens désireux de se rendre à Mayotte, se procurent désormais un visa d’entrée. Une fortune pour le Comorien moyen, qui doit dans un premier temps payer son voyage et son séjour à la Grande-Comore, pour espérer obtenir le précieux sésame.

C’est ainsi que les Comoriens commencèrent à se rendre à Mayotte d’une manière détournée, dans des canots vieillots et défectueux. Mais malgré les naufrages et les périls, les Comoriens continuent d’affluer à Mayotte pour un mariage, un décès, une visite ou pour espérer y vivre une vie meilleure.



MayotteMayotte : une société disloquée
Français, mais à quel prix ?

Rémi Carayol, journaliste à Kashkazi, mensuel de l’archipel des Comores, pour Plein Droit

Hachim n’en revient toujours pas. Lui qui vivait à Mayotte (Maore) en toute légalité depuis quatorze ans est devenu, du jour au lendemain, « clandestin ». Alors qu’il se pliait comme chaque année aux innombrables étapes administratives afin d’obtenir le titre de séjour d’un an que la préfecture lui octroyait depuis son arrivée en 1993, il a appris qu’il ne remplissait plus les conditions pour rester à Mayotte, où il a fondé sa famille. « Ils m’ont dit que je devais prouver que j’étais entré légalement à Mayotte. Ils m’ont dit que mon passeport ne comportait pas de visa d’entrée. Mais à l’époque, il n’y avait pas de visa ! témoigne-t-il. Pourquoi ne me l’a-t-on jamais demandé, ce visa, depuis quatorze ans ? Pourquoi aujourd’hui ? » s’interroge-t-il.



La loi du 11 juillet 2001 avait pour finalité de mettre fin au statut provisoire, instituée par la loi du 24 décembre 1976 et perenisé durant 25ans mais elle n’a pas pour autant soulevée ne serait ce que partiellement les inquiétudes et encore moins mit fin aux dissensions.

La genèse de l’exception mahoraise remonte  au processus de la consultation en date du 21 décembre 1974, suite à cette dernière, les trois îles : la Grande Comore, Anjouan et Mohéli ont répondu favorablement à l'indépendance pendant que Mayotte s'est singularisée à la majorité de 2/3 en faveur de son maintien au sein de la France. Malgré cette « préférence francaise » de Mayotte, les députés des autres îles déclarent unilatéralement l'indépendance    et le 13 novembre 1975, le nouvel Etat comorien est admis en qualité de membre à part entière de l'ONU comme Etat composé de quatre îles.

Ainsi a commencé le contentieux territorial relatif à Mayotte et dans ce cadre deux thèses prévalent , en effet si la France elle est en droit de s’appuyer sur son droit constitutionnel qui ne reconnaît pas la primauté du droit international et de faire valoir le respect du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, les Comores eux avancent le principe d’intangibilité des frontières, principe reconnu par le droit international et la Charte de Nations Unies. Il s’avère nécessaire de clarifier le débat en exposant d’une part la position comorienne cautionnée par les Nations Unies et d’autre part la position mahoraise soutenue par la France avant d’en tirer les conclusions nécessaires.



Publié le Lundi 10 Mars 2008

Le secrétaire d’État à l’Outre-Mer, Christian Estrosi, a évoqué dernièrement (22 février sur France 2) « une décision exceptionnelle » concernant l’île de Mayotte uniquement. Il envisagerait l’adoption d’une mesure qui ferait, selon lui, que « tout enfant né de parents en situation irrégulière » ne pourrait plus « réclamer » la nationalité française. Il s’agit tout simplement de la remise en cause du droit du sol. Le Collectif Migrants Mayotte s’insurge contre cette mesure que le secrétaire d’État affirme vouloir proposer au printemps, et s’indigne de l’utilisation politique qui en est faite localement.

Une mesure inconstitutionnelle. En septembre 2005, après sa visite à Mayotte, le ministre français de l’Outre-Mer de l’époque, François Baroin, avait affirmé « envisager » la remise en cause du droit du sol « pour certaines collectivités d’outre-mer » dont Mayotte. L’ambition de M. Baroin n’avait pas passé la barrière de la Constitution. Les constitutionnalistes semblaient unanimes à considérer qu’une révision éventuelle du droit du sol ne pouvait concerner que l’ensemble du territoire national. Cette remise en cause du droit du sol ayant été envisagée par un projet de la loi sur l’immigration en 2006, le président de la section du contentieux du Conseil d’État avait soulevé un risque d’inconstitutionnalité. « Les conditions d’accession à la nationalité française, dans notre tradition juridique, valent pour l’ensemble du territoire de la République », avait-il indiqué. D’où la conclusion d’une mission de la commission des lois de l’Assemblée nationale : « Une telle modification devrait donc nécessairement concerner l’ensemble du territoire national. » En effet, les articles 73 et 74 de la Constitution excluent certains domaines des spécificités ultramarines, parmi lesquels la nationalité. Comment une mesure inconstitutionnelle en 2005 ne le serait plus en 2008 ?



Christian Estrosi, secrétaire d'Etat à l'Outre-merlundi 25 février 2008, mis à jour à 15:21

Vendredi, le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, Christian Estrosi, a envisagé sur France 2 "une décision exceptionnelle" concernant Mayotte, où "tout enfant né de parents en situation irrégulière" ne pourrait plus "réclamer" la nationalité française.

"60% de la population d'origine clandestine"
Pour l'ancien député UMP de Mayotte, Mansour Kamardine (UMP), qui avait déposé une proposition de loi de suppression du droit du sol dans l'île, il faut "redéfinir" cette notion pour Mayotte. "La projection dans dix ans indique que sur cette lancée, 60 % de la population de Mayotte sera d'origine clandestine", explique-t-il.



Un kwasa-kwasa © AFP - 7.5 ko
Un kwasa-kwasa © AFP
 

Si l’opinion publique connaît l’île italienne de Lampedusa, en Méditerranée ou les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla au Maroc comme portes d’entrée vers l’Europe, elle connaît peu l’île comorienne de Mayotte, une collectivité départementale, sous administration française, à 70 kilomètres d’Anjouan et revendiquée comme quatrième île par l’Union des Comores. Mayotte constitue pourtant l’un des passages les plus meurtriers et les plus complexes tant sa géographie, son histoire locale et son enjeu militaire sont imbriqués dans une des zones les plus stratégiques de la planète : le canal du Mozambique.

Un énième drame en mer
Décidément la mort rôde toujours entre le bras de mer, un peu plus de 70 kilomètres, séparant les îles comoriennes d’Anjouan et de Mayotte (collectivité départementale française). A peine trois semaines après le chavirage d’une embarcation motorisée surchargée de candidats majoritairement de nationalité comorienne, les « kwasa-kwasa », partis rejoindre clandestinement Mayotte, un de ces macabres « kwasa » vient une nouvelle fois de défrayer la chronique en faisant 17 morts et 19 disparus ! Le dernier naufrage d’un kwasa-Kwasa constaté par les autorités françaises avait donc eu lieu au large de la commune de Majicavo-Koropa, au Nord de l’île. Selon l’Agence France Presse (AFP), le 23 juillet, le bilan faisait état de 27 disparus et de 2 morts : un homme repêché inerte et un enfant, décédé juste après son admission au centre hospitalier de Mamoudzou. L’agence de presse comorienne HZK recoupait, pour sa part, ces informations. Les victimes de ce drame étaient originaires des trois autres îles voisines des Comores et quelques unes de Madagascar. Ce n’est pas la première fois que ce type de tragédie survient au nord du canal du Mozambique. Loin s’en faut... Selon la Fédération comorienne des droits de l’homme (FCDH), installée dans la ville de Wani-Anjouan, quatre naufrages auraient été recensés pour le seul mois de juillet pour un bilan de 80 victimes.



le 11/02/2008 à 19:25:54

» Pendant ce temps là à Mayotte

dimanche 10 février 2008 (09h26) :
Pendant ce temps là à Mayotte

A diffuser le plus largement possible Mayotte, le 1/02/08 Jean-Philippe Decroux Proviseur du lycée de Kahani BP 04 97670 COCONI (Mayotte) Responsable du SNPDEN (UNSA) (regroupant 80% des Proviseurs – Principaux et adjoints de Mayotte)

MAYOTTE : OU EST DONC LA REPUBLIQUE ?

A propos des élèves " en situation irrégulière"

Un grand-père arrêté devant une école, une vieille dame grabataire et un avocat menacés d’expulsion… Quand ces informations de métropole parviennent à Mayotte – territoire français – on est éberlué de l’ampleur de la couverture médiatique réservée à ces évènements (certes inacceptables) tant ici, c’est chaque jour que l’on vit l’insupportable.

Il est incompréhensible qu’un tel silence entoure la réalité de ce qui se passe sur cette île en passe aujourd’hui d’accéder à un statut de véritable collectivité territoriale.

Mais où est donc la République ?

Il s’agit de parler ici des élèves " en situation irrégulière ", du sort qui leur est réservé quotidiennement, du respect de la Loi, des valeurs de l’Ecole.

Il faudra, en premier lieu, essayer de comprendre une Histoire complexe et un contexte particulier où l’on a affaire à de " drôles de clandestins ".

UNE HISTOIRE COMPLEXE

L’archipel des Comores, composé de 4 îles, était Français depuis plus de 150 ans, avant la Savoie ( !), lorsque – lors d’un référendum d’autodétermination, en 1974 – elle accéda à l’indépendance.

Toutefois, Mayotte vota alors à l’encontre des 3 autres îles. Il faut souligner qu’elle venait de perdre l’implantation du pouvoir central de l’archipel et que les Mahorais ne se sentaient pas bien traités par leurs compatriotes de Grande Comore, de Mohéli et d’Anjouan. Il faut sans doute aussi considérer les manœuvres de la diplomatie et des services français, désireux de garder pied dans l’Océan Indien.

C’est ainsi que la France qui aurait dû – en droit - se plier au vote de la majorité comorienne et à la position de l’ONU, entérina ce séparatisme.

Par la suite, Mayotte confirma – par référendum – sa volonté de rester dans le giron français. A noter qu’elle devrait, dans l’année qui vient, voter l’accession à un statut de " département - région".

Depuis 30 ans donc, des efforts – absents pendant une centaine d’années - ont été entrepris pour développer une économie locale au fonctionnement proche de celui du tiers-monde et pour entreprendre l’assimilation culturelle d’une population qui, pour 90% d’entre elle, ignorait la langue française.

Le PIB est ainsi aujourd’hui dix fois plus élevé à Mayotte que dans les îles voisines qui connaissent une gestion pour le moins chaotique ; en 30 ans, sur ce territoire français, le nombre d’élèves a progressé de 2.000 à 70.000 et le système de santé s’est largement développé.

On est là bien entendu à la source même de la réalité de l’immigration et on est passé ici d’une population de 80.000 habitants au double aujourd’hui avec, selon l’INSEE, au bas mot 55.000 personnes en situation irrégulière. Toutefois, on a affaire ici à de drôles de clandestins…

DE DROLES DE CLANDESTINS

Depuis toujours, les Comoriens circulaient librement à travers les quatre îles de leur pays. Les membres d’une même famille vivaient indifféremment, par exemple, à Mayotte ou à Anjouan, distantes de 70km. Un individu pouvait posséder des terres ici et vivre là…

De plus, beaucoup de Français d’ici sont issus de familles d’autres îles et sont venus au fil du temps.

D’ailleurs, des pans entiers de l’économie ont toujours fonctionné grâce à l’apport de la main d’œuvre comorienne, notamment l’agriculture, la pêche, le bâtiment et le commerce.

Enfin, l’imprécision des registres de l’état-civil, le peu d’intérêt porté par l’ensemble de la population aux questions administratives et à l’écrit, rendent souvent difficiles la distinction entre Mahorais et non Mahorais. D’autant plus que physiquement, on les distingue aussi peu qu’un Haut Normand d’un Bas Normand !

Les évènements des années 70 n’ont rien changé à tout cela.

C’est en 1995, à l’instauration du visa obligatoire imposé aux Comoriens pour entrer à Mayotte, qu’est apparue la notion de " clandestin ".

Une douzaine d’années après, chacun sait désormais de quoi il s’agit !

DES CHIFFRES VERTIGINEUX

Si chacun s’accorde à dire " qu’on ne peut accueillir ici toute la misère du monde ", il n’en reste pas moins que le traitement de la " l’immigration clandestine " est devenue à Mayotte totalement délirant.

A la fin 2007, le ministre chargé de l’immigration, Hortefeux, soulignait qu’il n’avait pas atteint l’objectif national qui lui avait été assigné de 25.000 reconduites à la frontière " Le score " atteint devant se situer entre 23.000 et 24.000… Une fausse modestie évidemment au service d’un affichage médiatique.

Il n’a pas précisé que, dans cet ensemble, 16.147 expulsions avaient été opérées à Mayotte, territoire 350 fois moins peuplé que la métropole. C’est pratique Mayotte pour faire du chiffre !!!

Il n’a pas précisé que beaucoup de ces personnes – leur foyer, leur famille – étant parfois depuis longtemps à Mayotte, revenaient systématiquement et pouvaient être à nouveau arrêtées et renvoyés, une deuxième, une troisième fois…

Il n’a pas précisé que ces retours en " kwasas-kwasas " (barques de pêcheurs) se soldaient régulièrement par des naufrages et que c’étaient plusieurs centaines de morts – les noyades, les requins - qu’on pouvait dénombrer chaque année. " le plus grand cimetière de l’Océan Indien " dit-on.

Il n’a pas précisé que ces expulsions étaient opérées parfois au mépris des droits fondamentaux dans un contexte d’insularité où tout contre-pouvoir est difficile à mettre en place.



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