Le naufrage en décembre d'une embarcation de clandestins percutée par une vedette de la police dans l'Océan indien avait attiré l'attention sur l'île française de Mayotte: une instance déontologique, après enquête, a qualifié son centre de rétention d'"indigne de la République" française.
Cet avis cinglant, adopté le 14 avril, a été transmis aux ministres français de l'Intérieur, de la Justice et de l'Immigration. Il a été rendu public jeudi en marge de la présentation du rapport 2007 de l'ONG la Cimade sur les centres de rétention administrative (CRA).
La Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) s'était rendue à Mayotte pour enquêter sur le naufrage de l'embarcation de clandestins dans lequel une Comorienne et un bébé étaient morts et huit personnes avaient disparu. Elle en a rapporté un témoignage à charge sur l'accueil des immigrés illégaux et l'état du centre de rétention. Sa capacité théorique de 60 places "est très régulièrement dépassée pour atteindre 80 à 90 personnes" et "ce nombre peut s'élever à 200, voire exceptionnellement à 220 personnes". La construction d'un nouveau centre "annoncé depuis dix ans s'impose dans les plus brefs délais", écrit la CNDS.
En attendant, hommes et femmes sont mélangés, dorment sur de "pauvres nattes" à même un sol de "béton brut dégradé", disposent de sanitaires en nombre insuffisant et dans un état "pitoyable". Le centre ne dispose pas de cour, ni de locaux dignes de ce nom pour assurer la confidentialité des entretiens entre les retenus et les associations ou les avocats.
De plus, "les conditions de vie au centre portent gravement atteinte à la dignité des mineurs retenus", souligne la Commission qui demande aux autorités de cesser le placement en rétention d'enfants "conformément à la réglementation française et internationale en vigueur". Dans son rapport 2007, la Cimade s'alarme du régime d'exception qui prévaut sur l'île, soumise à une forte pression migratoire avec un quart de sa population clandestine (50.000 personnes), notamment en ce qui concerne le traitement des enfants. Sur les 16.000 personnes expulsées en 2007, environ 3.000 étaient des enfants, dont des mineurs isolés "arbitrairement" rattachés à un adulte avec qui ils ont pu faire le voyage.
De plus, des adultes sont parfois expulsés sans vérification de l'existence d'enfants : 173 enfants abandonnés ont été recensés en janvier 2008 dans les rues de Mayotte, selon le président du conseil général cité par la Cimade. Les mesures dérogatoires permettent aussi "les contrôles d'identité partout sur l'île, les interpellations sont ainsi massives", détaille Stéphanie Dekens, de la Cimade. Autre différence avec la métropole: l'absence de recours suspensif à l'expulsion, la rapidité de l'expulsion ou encore la présentation au juge des libertés et de la détention au bout de cinq jours contre deux en métropole. sla/sm/lbx
Le naufrage en décembre d'une embarcation de clandestins percutée par une vedette de la police dans l'Océan indien avait attiré l'attention sur l'île française de Mayotte: une instance déontologique, après enquête, a qualifié son centre de rétention d'"indigne de la République" française.
Cet avis cinglant, adopté le 14 avril, a été transmis aux ministres français de
l'Intérieur, de la Justice et de l'Immigration. Il a été rendu public jeudi en marge de la présentation du rapport 2007 de l'ONG la Cimade sur les centres de rétention administrative (CRA).
La Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) s'était rendue à Mayotte pour enquêter sur le naufrage de l'embarcation de clandestins dans lequel une Comorienne et un bébé étaient morts et huit personnes avaient disparu. Elle en a rapporté un témoignage à charge sur l'accueil des immigrés illégaux et l'état du centre de rétention.
Sa capacité théorique de 60 places "est très régulièrement dépassée pour atteindre 80 à 90 personnes" et "ce nombre peut s'élever à 200, voire exceptionnellement à 220 personnes". La construction d'un nouveau centre "annoncé depuis dix ans s'impose dans les plus brefs délais", écrit la CNDS.
En attendant, hommes et femmes sont mélangés, dorment sur de "pauvres nattes" à même un sol de "béton brut dégradé", disposent de sanitaires en nombre insuffisant et dans un état "pitoyable". Le centre ne dispose pas de cour, ni de locaux dignes de ce nom pour assurer la confidentialité des entretiens entre les retenus et les associations ou les avocats.
De plus, "les conditions de vie au centre portent gravement atteinte à la dignité des mineurs retenus", souligne la Commission qui demande aux autorités de cesser le placement en rétention d'enfants "conformément à la réglementation française et internationale en vigueur".
Dans son rapport 2007, la Cimade s'alarme du régime d'exception qui prévaut sur l'île, soumise à une forte pression migratoire avec un quart de sa population clandestine (50.000 personnes), notamment en ce qui concerne le traitement des enfants. Sur les 16.000 personnes expulsées en 2007, environ 3.000 étaient des enfants, dont des mineurs isolés "arbitrairement" rattachés à un adulte avec qui ils ont pu faire le voyage.
De plus, des adultes sont parfois expulsés sans vérification de l'existence d'enfants : 173 enfants abandonnés ont été recensés en janvier 2008 dans les rues de Mayotte, selon le président du conseil général cité par la Cimade.
Les mesures dérogatoires permettent aussi "les contrôles d'identité partout sur l'île, les interpellations sont ainsi massives", détaille Stéphanie Dekens, de la Cimade. Autre différence avec la métropole: l'absence de recours suspensif à l'expulsion, la rapidité de l'expulsion ou encore la présentation au juge des libertés et de la détention au bout de cinq jours contre deux en métropole.
sla/sm/lbx
(PAPIER D'ANGLE) Par Sophie LAUTIER
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